Arnaques & fraudes

Faux SMS d’amende routière : comment fonctionne l’arnaque et comment vérifier vos amendes sur le site officiel

Un SMS réclame une amende routière à payer d’urgence ? Comment fonctionne cette arnaque signalée par la DGSSI en 2026, et comment vérifier vos amendes sans risque.

Publié le 8 min de lecture

Cet article est disponible en arabe

Il est 8 heures, vous êtes sur la route du travail, et votre téléphone vibre. Un SMS : « Vous avez une infraction routière impayée. Réglez l’amende avant ce soir pour éviter des poursuites », suivi d’un lien. Vous vous souvenez être passé devant un radar la semaine dernière. Un peu inquiet, vous êtes sur le point de cliquer.

Arrêtez-vous là. C’est précisément sur ce réflexe que comptent les escrocs. En avril 2026, la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) a classé une campagne de ces faux messages comme une menace « critique ». En juin 2026, le ministère de la Justice a de nouveau alerté sur une variante. Voici comment fonctionne la combine, comment la repérer, et comment vérifier vos vraies amendes sans prendre de risque.

Comment fonctionne l’arnaque ?

Le principe est simple et redoutable : l’escroc n’a pas besoin de savoir si vous avez commis une infraction. Il envoie des milliers de messages, et il trouvera toujours quelqu’un qui a été flashé récemment ou qui a peur d’être poursuivi.

  1. Le message : vous recevez un SMS, souvent en arabe, qui se présente comme envoyé par une institution publique. Il parle d’une infraction et d’une amende à régler vite. D’après les comptes rendus de la note de la DGSSI, ces SMS proviennent le plus souvent de numéros étrangers.
  2. La pression : tout est écrit pour faire peur : « dernier délai aujourd’hui », « saisie administrative », « majoration de l’amende ». Le but est de vous faire agir avant de réfléchir.
  3. Le faux site : le lien ouvre une page qui ressemble à un site gouvernemental marocain, avec des couleurs et des logos très proches. Mais l’adresse n’est pas officielle.
  4. Le vol de données : la page vous demande votre nom et votre numéro de CIN, puis les informations de votre carte bancaire, y compris le code au dos (CVV), et parfois le code de confirmation que votre banque vous envoie par SMS. Avec ces informations, l’escroc peut vider votre compte ou usurper votre identité.

La nouvelle variante : « Avis d’exécution administrative »

Le 19 juin 2026, le ministère de la Justice a mis en garde contre un SMS intitulé « Avis d’exécution administrative ». Il affirme qu’une caméra de vidéosurveillance a relevé une infraction au Code de la route, donne un faux numéro de dossier et une date limite de paiement, et menace de mesures administratives et judiciaires. Sa particularité : il propose de « voir la vidéo de l’infraction » après connexion. Un simple appât pour vous faire saisir vos données.

Alerte arnaque

Aucune administration marocaine n’envoie d’avis d’infraction depuis un numéro étranger, et aucune ne vous demandera le code reçu de votre banque. Si on vous réclame ce code, c’est une arnaque, sans le moindre doute.

Pourquoi cette arnaque piège même des gens avertis

Parce qu’elle ne repose pas sur la naïveté, mais sur trois réflexes que tout le monde a :

  • La peur de l’autorité : les mots « poursuites » ou « saisie » donnent envie de régler le problème au plus vite.
  • Le bon moment : les radars sont nombreux, et peu d’entre nous savent exactement s’ils ont dépassé la limite. Le message arrive et semble plausible.
  • Un montant crédible : l’amende réclamée ressemble généralement à une vraie amende, pas à une somme farfelue qui éveillerait les soupçons.

Connaître ces « boutons » psychologiques aide à repérer le moment où quelqu’un essaie d’appuyer dessus.

Les signes qui trahissent un faux SMS

  • Le numéro est étranger ou inhabituel (par exemple un indicatif +44 ou +63, comme relevé par la presse lors de la campagne d’avril 2026).
  • L’urgence et les menaces : « aujourd’hui seulement », « saisie immédiate », « prélèvement direct sur votre compte ».
  • Le lien ne se termine pas par gov.ma, ou contient de petites anomalies : une lettre en trop, un tiret, une extension inhabituelle comme .lat ou .top. En avril 2026, l’un des faux sites signalés par le ministère de la Justice reprenait les mots du vrai site, mais avec une extension .lat.
  • On vous demande toutes vos coordonnées bancaires ou un code OTP. Payer une vraie amende ne vous oblige jamais à transmettre à quelqu’un un code reçu par SMS.
  • On vous propose de « voir la vidéo » ou « la photo », à condition de vous connecter d’abord.
  • Des fautes ou une formulation étrange, même si certains messages sont désormais bien rédigés : ne vous fiez pas à ce seul indice.

Astuce

Appuyez longuement sur le lien, sans l’ouvrir, pour afficher l’adresse complète. Si le nom du site ne se termine pas exactement par .gov.ma, ne l’ouvrez pas. Pour aller plus loin, vous pouvez aussi analyser le lien avec VirusTotal avant toute autre action.

Comment vérifier vos vraies amendes, en toute sécurité

La règle d’or : n’utilisez jamais le lien contenu dans le message. Si vous voulez savoir si vous avez réellement une amende, allez vous-même à la source officielle.

  1. Ouvrez votre navigateur et tapez l’adresse vous-même : selon le ministère de la Justice, le seul portail légitime pour payer une amende est amendes.justice.gov.ma. Tapez-la en entier dans la barre d’adresse. Évitez de la chercher sur Google pour cliquer sur le premier résultat, qui peut être une publicité frauduleuse.
  2. Vérifiez l’adresse avant de saisir quoi que ce soit : le nom du site doit se terminer directement par .gov.ma. Une adresse comme amendes-justice-gov[.]lat n’est pas officielle, même si elle contient les mêmes mots.
  3. Utilisez la référence figurant sur le procès-verbal papier si vous l’avez reçu par les voies officielles, et non le « numéro de dossier » d’un SMS suspect.
  4. Pour les autres services du ministère de la Justice, celui-ci recommande le portail mahakim.ma.
  5. En cas de doute, contactez l’administration concernée à un numéro que vous trouvez vous-même sur son site officiel, ou renseignez-vous au commissariat ou à la brigade de gendarmerie la plus proche.

Attention

Les administrations peuvent changer l’adresse de certains services avec le temps. Ce qui ne change pas, c’est la règle : un site officiel se termine par .gov.ma, et vous y accédez en tapant l’adresse vous-même, pas via un lien reçu par message.

Que faire si vous avez cliqué ou saisi vos informations ?

Ne vous en voulez pas : ces messages sont conçus pour piéger n’importe qui dans un moment de stress. L’essentiel est d’agir vite.

  1. Si vous avez saisi les données de votre carte : appelez immédiatement votre banque au numéro inscrit au dos de la carte ou dans son application officielle, et faites bloquer la carte. Chaque minute compte.
  2. Si vous avez donné un code OTP : dites-le clairement à votre banque, car ce code a pu servir à valider une opération ou à enregistrer votre carte sur le téléphone de l’escroc.
  3. Surveillez vos comptes : suivez les opérations dans l’application de votre banque les jours suivants et contestez tout mouvement inconnu.
  4. Si vous avez saisi votre numéro de CIN ou envoyé sa photo : méfiez-vous des appels qui utiliseraient ces informations pour paraître crédibles. L’escroc pourrait tenter de vous piéger une seconde fois.
  5. Signalez : le ministère de la Justice recommande de porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Vous pouvez aussi utiliser la plateforme « E-Blagh » de la Direction générale de la sûreté nationale, accessible depuis le site officiel de la DGSN (dgsn.gov.ma).
  6. Supprimez le message et ne le transférez pas à vos proches « pour les prévenir » avec le lien : quelqu’un pourrait cliquer. Décrivez-le plutôt avec vos mots, ou envoyez une capture d’écran sans lien cliquable.

L’essentiel à retenir

  • Il n’existe pas d’amende « urgente » à payer via un lien dans un SMS venu d’un numéro étranger.
  • Ne donnez jamais votre CVV ni un code OTP sur une page ouverte depuis un message.
  • Vérifiez vos amendes uniquement sur amendes.justice.gov.ma, en tapant l’adresse vous-même.
  • Un site officiel se termine par .gov.ma : toute autre extension est un signal d’alarme.
  • Si vous êtes tombé dans le piège : appelez votre banque immédiatement, puis signalez les faits à la police ou à la gendarmerie.

Sources