Un appel de la « police » ou du « tribunal » qui vous demande de payer ? Comment démasquer le faux agent, même en appel vidéo
De faux policiers, agents ou juges, parfois avec une voix ou une vidéo générée par IA, réclament argent ou données bancaires. Comment fonctionne l’arnaque et comment réagir.
Le téléphone sonne. Une voix grave et polie : « Bonjour, ici l’officier X de la police judiciaire. Votre nom apparaît dans une enquête grave pour blanchiment d’argent. Ne vous inquiétez pas, si vous coopérez, on règle ça aujourd’hui. » Peu après, il vous demande de passer en appel vidéo sur WhatsApp. Vous voyez un homme en uniforme derrière un bureau, un logo au mur. Puis vient la demande : « Pour prouver votre innocence, vous devez transférer l’argent de votre compte vers un compte sécurisé de l’État, le temps de l’enquête. »
Il n’existe aucun « compte sécurisé de l’État » vers lequel on transfère son argent par téléphone. C’est une arnaque au faux agent public, l’une des plus répandues au monde. Voici comment elle fonctionne, et pourquoi il faut raccrocher immédiatement.
Comment fonctionne l’arnaque ?
1. L’uniforme
L’escroc se présente comme policier, gendarme, greffier, agent des impôts, des douanes, ou même conseiller de votre banque. Il connaît parfois votre nom complet et votre numéro de CIN, car ces informations ont pu fuiter ou être volées auparavant. Cela le rend crédible.
2. La peur ou l’appât du gain
Deux scénarios dominent :
- La peur : « votre nom est dans un dossier », « un colis à votre nom contient des produits interdits », « votre compte a servi à un délit », « vous êtes convoqué au tribunal ».
- Le gain : « vous avez gagné un prix », « vous avez droit à une aide sociale », « une indemnité vous attend ». En juillet 2024, la police judiciaire de Guercif a démantelé un réseau de sept personnes qui appelaient leurs victimes en se faisant passer pour des agents publics et des employés de banque. Elles promettaient des gains ou des aides sociales pour récupérer les données bancaires, puis retiraient l’argent.
3. L’isolement et la pression
L’escroc vous demande de n’en parler à personne (« secret de l’enquête »), de ne pas raccrocher, et d’agir tout de suite. Plus vous restez seul au bout du fil, moins vous avez le temps de réfléchir.
4. L’appel vidéo et l’IA
Pour vous convaincre, l’escroc peut basculer en appel vidéo. En Inde, une arnaque baptisée « arrestation numérique » s’est répandue : de faux agents en uniforme gardent la victime devant la caméra pendant des heures et exigent une « caution ». Le centre indien de coordination contre la cybercriminalité (I4C) a répondu par un avertissement sans ambiguïté : la police et les juges n’arrêtent personne par appel vidéo.
L’intelligence artificielle facilite encore le travail des escrocs. En mai 2025, le FBI a alerté sur une campagne utilisant des messages vocaux générés par IA pour usurper l’identité de hauts responsables. Il conseille de guetter les signes de manipulation de l’image ou de la vidéo, ainsi que les décalages ou intonations étranges de la voix.
Alerte arnaque
Aucune procédure légale ne vous demande de transférer de l’argent par téléphone à un inconnu, vers un compte « sécurisé », ou de payer une « caution » en appel vidéo. Ce type d’appel est toujours une arnaque, aussi officiel que paraisse l’interlocuteur.
Pourquoi cette arnaque progresse
Selon le rapport 2025 de l’IC3, le centre de plaintes du FBI pour la cybercriminalité, les plaintes pour usurpation d’identité d’agents publics ont presque doublé : d’environ 17 300 en 2024 à près de 32 500 en 2025. Les pertes déclarées sont passées d’environ 405 millions à 797 millions de dollars. Ce sont des chiffres américains, mais ils reflètent une tendance mondiale : l’arnaque au nom de l’autorité rapporte gros, parce qu’on craint et respecte l’autorité.
Et si l’administration a vraiment besoin de moi ?
C’est une question légitime. La réponse est simple : s’il existe un vrai dossier vous concernant, il existera toujours une fois l’appel coupé. Il ne disparaîtra pas parce que vous avez raccroché, et il ne se transformera pas en arrestation parce que vous avez voulu vérifier. Rendez-vous vous-même au service concerné, au commissariat ou à la brigade de gendarmerie la plus proche, et posez la question. Si l’affaire est réelle, vous y trouverez la réponse, de façon officielle.
Seul l’escroc a besoin que vous restiez en ligne et que vous payiez tout de suite. Une vraie administration ne perd rien si vous vérifiez.
Les signes qui trahissent un faux agent
- Il réclame de l’argent ou un virement : vers un compte « sécurisé », via une agence de transfert, en cartes prépayées ou en cryptomonnaies.
- Il demande des informations bancaires ou des codes : numéro de carte, code secret, code OTP reçu de la banque.
- Il vous interdit de raccrocher ou de consulter votre famille ou un avocat.
- Il menace d’une arrestation immédiate si vous ne payez pas tout de suite.
- Il vous fait passer sur WhatsApp, Telegram ou une autre application. Le FBI décrit précisément cette méthode : gagner la confiance, puis déplacer la victime vers une seconde messagerie.
- Un appel vidéo « officiel » depuis un compte personnel, avec une image ou un son décalés, ou des expressions du visage étranges.
- Il connaît certaines de vos informations : cela ne prouve rien, les données personnelles circulent.
Comment vous protéger
- Raccrochez. Couper un appel suspect n’est pas impoli. Dites « je vous rappelle » et raccrochez.
- Rappelez vous-même l’administration : cherchez son numéro sur son site officiel (en .gov.ma), ou rendez-vous au commissariat ou à la brigade la plus proche. C’est le premier conseil du FBI : vérifier via un numéro trouvé par vous-même, jamais celui donné par l’appelant.
- Ne donnez aucun code reçu par SMS, quel que soit le titre de la personne qui le demande. Le FBI recommande de ne jamais partager un code de vérification.
- Ne transférez pas d’argent et n’achetez pas de cartes prépayées à la demande d’une personne dont vous n’avez pas vérifié l’identité.
- Parlez-en à quelqu’un de confiance avant toute démarche : un proche, un ami, un avocat. C’est exactement ce que redoute l’escroc.
- Pour vos vraies amendes, passez uniquement par les portails officiels, comme expliqué dans notre article sur les faux SMS d’amende routière.
Astuce
Parlez de cette arnaque à vos parents et grands-parents : ils sont la cible préférée. Donnez-leur une règle simple : « si quelqu’un qui dit être de la police ou du tribunal te demande de l’argent, raccroche et appelle-moi ».
Que faire si vous avez payé ou donné vos informations ?
- Appelez votre banque immédiatement, au numéro inscrit sur votre carte ou dans l’application officielle, et demandez le blocage de la carte et des opérations suspectes.
- Changez vos mots de passe (application bancaire, e-mail) si vous avez communiqué des identifiants.
- Si vous avez installé une application à la demande de l’appelant (par exemple un logiciel de prise de contrôle à distance), supprimez-la, coupez la connexion Internet du téléphone et faites-vous aider par une personne compétente.
- Conservez les preuves : le numéro, l’heure de l’appel, les reçus de virement, des captures d’écran.
- Portez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Vous pouvez aussi utiliser la plateforme « E-Blagh » de la DGSN via dgsn.gov.ma.
- Méfiez-vous du second appel : après l’arnaque, un « autre agent » peut vous promettre de récupérer votre argent contre des frais. C’est le même escroc ou un complice.
Attention
N’ayez pas honte si vous êtes tombé dans le piège. Ces escrocs sont des professionnels qui suivent des scénarios rodés. Un signalement rapide protège votre argent et d’autres victimes potentielles.
L’essentiel à retenir
- La police et les tribunaux ne vous demandent pas de payer par téléphone et ne vous arrêtent pas en appel vidéo.
- Pas de « compte sécurisé » ni de « caution » à verser à un inconnu au téléphone.
- Raccrochez et rappelez vous-même l’administration.
- Ne donnez aucun code OTP ni information bancaire.
- La voix et la vidéo peuvent être falsifiées par l’IA.
- Si vous avez payé : la banque tout de suite, puis la plainte.
Sources
- FBI / IC3 : Senior US Officials Impersonated in Malicious Messaging Campaign (15 mai 2025)
- Nextgov/FCW : Government official impersonation scam complaints doubled in 2025, FBI report shows (avril 2026)
- Deccan Herald : Amid rise in « digital arrest » cases, Indian Cyber Crime Coordination Centre issues advisory
- Hespress : أمن جرسيف يفكك شبكة نصب واحتيال (7 juillet 2024)
- Medias24 : La DGSN lance sa nouvelle plateforme E-Blagh (juin 2024)