Le vol de numéro (SIM swap) : comment un escroc détourne votre numéro pour recevoir vos codes, et comment le protéger
Plus de réseau d’un coup, et une heure plus tard vos comptes et votre argent sont volés. Le SIM swap : comment il se produit, ses signes, et comment protéger votre numéro et vos comptes.
Un matin ordinaire, Karim regarde son téléphone : « Aucun service ». Il redémarre, rien. Il pense à une panne du réseau. Au même moment, ailleurs, quelqu’un tient une nouvelle carte SIM avec le numéro de Karim et reçoit tous les SMS qui lui sont destinés. Il clique sur « Mot de passe oublié » sur l’e-mail de Karim, puis sur son application de portefeuille électronique, et c’est lui qui reçoit les codes. Quand Karim comprend ce qui se passe, il est trop tard.
C’est le SIM swap, ou vol de numéro par échange de carte SIM. Il est dangereux parce que le numéro de téléphone est devenu la clé d’un grand nombre de nos comptes.
Comment se produit un SIM swap ?
Le principe : l’escroc convainc l’opérateur de transférer votre numéro sur une carte SIM (ou une eSIM) qu’il contrôle. Selon le FBI, il existe trois méthodes principales :
- L’ingénierie sociale : l’escroc se fait passer pour vous auprès de l’opérateur, avec des informations récoltées sur vous (nom, numéro de CIN, adresse), parfois avec de faux documents, et demande une « carte de remplacement » parce que son téléphone serait « perdu ».
- La complicité interne : il soudoie un employé de l’opérateur pour faire l’échange.
- L’hameçonnage des employés : il piège des employés pour leur faire installer des logiciels malveillants donnant accès aux systèmes de l’opérateur.
Une fois le numéro transféré, vos appels et SMS arrivent chez l’escroc. Il peut alors demander la réinitialisation de vos mots de passe, recevoir les codes de vérification par SMS et prendre le contrôle des comptes liés à votre numéro.
Un exemple tout proche
En août 2025, au Sénégal, après une alerte de l’opérateur Sonatel, les autorités ont interpellé un homme soupçonné d’avoir tenté de récupérer les cartes SIM de victimes à l’aide de fausses pièces d’identité et d’une procuration légalisée, afin d’accéder à leurs applications financières sur mobile, d’en réinitialiser les codes et de transférer l’argent. Des employés d’une agence ont remarqué son comportement suspect, après qu’une autre agence eut rejeté sa demande. L’affaire montre deux choses : la combine existe bien dans notre région, et la vigilance du personnel des agences protège les clients.
Alerte arnaque
Une perte soudaine et inexpliquée du réseau peut être le premier signe du vol de votre numéro. Selon la Federal Communications Commission américaine (FCC), la perte de service est généralement le premier signe d’un SIM swap. N’attendez pas : appelez votre opérateur depuis un autre téléphone, tout de suite.
Pourquoi votre numéro vaut-il autant d’efforts ?
Parce que votre numéro sert à beaucoup de choses :
- Les codes de vérification par SMS de vos comptes bancaires, e-mail et réseaux sociaux.
- La récupération de comptes : « envoyer un code à mon numéro ».
- WhatsApp : lié directement à votre numéro.
- Les portefeuilles électroniques et applications de paiement mobile.
L’ampleur du problème : selon le FBI, son centre de plaintes pour la cybercriminalité (IC3) a reçu en 2021 seulement 1 611 plaintes liées au SIM swap, pour plus de 68 millions de dollars de pertes, contre 320 plaintes entre 2018 et 2020.
Les signaux d’alerte
- Votre téléphone perd soudain le réseau (ni appels, ni SMS, ni Internet), alors qu’un téléphone voisin chez le même opérateur fonctionne.
- Un message de l’opérateur indique que votre SIM a été activée sur un autre appareil, ou qu’une demande de remplacement est en cours.
- Des codes de vérification ou des alertes de connexion que vous n’avez pas demandés, peu avant la coupure.
- Un appel de « l’opérateur » qui vous demande de confirmer un code ou des informations « pour mettre à jour la SIM ».
- Des messages de votre banque ou de votre messagerie signalant un changement de mot de passe ou l’ajout d’un nouvel appareil.
Comment protéger votre numéro
- Demandez à votre opérateur quelles protections il propose : selon la FTC et le FBI, de nombreux opérateurs permettent de définir un code secret ou un mot de passe sur votre compte client, exigé avant toute modification, et certains permettent de bloquer l’échange de SIM ou le renvoi d’appels. Renseignez-vous sur ce que propose le vôtre et sur les justificatifs exigés en agence pour changer de SIM.
- Ne donnez jamais un code ou un mot de passe à quelqu’un qui vous appelle, même s’il se dit de l’opérateur. Le FBI conseille de raccrocher et d’appeler vous-même le service client au numéro officiel.
- Limitez les informations publiques vous concernant : numéro de téléphone, adresse, date de naissance, photo de votre CIN. Elles aident l’escroc à se faire passer pour vous.
- Ne comptez pas uniquement sur les SMS pour les comptes importants : la FTC et le FBI recommandent une application d’authentification ou une clé de sécurité, et, quand c’est possible, les clés d’accès, qui ne passent pas par votre numéro.
- Activez la vérification en deux étapes sur WhatsApp : même si l’escroc récupère votre numéro, il lui faudra le code PIN que vous avez choisi pour activer votre compte sur un nouveau téléphone.
- Utilisez un mot de passe différent pour chaque compte, surtout pour votre e-mail, dont nous expliquons l’importance dans l’article votre e-mail est la clé maîtresse.
- Ne parlez pas publiquement de votre argent ou de vos cryptomonnaies sur les réseaux sociaux, comme le recommande le FBI : cela fait de vous une cible.
Astuce
Le code PIN de la SIM (présenté dans l’article les réglages de sécurité cachés) vous protège si votre téléphone est volé avec sa carte. Mais il n’empêche pas l’échange de SIM chez l’opérateur. Ce sont deux protections différentes et complémentaires.
Et l’eSIM dans tout ça ?
La SIM électronique (eSIM) ne se retire pas du téléphone, mais elle n’élimine pas le risque de vol de numéro : le transfert du numéro vers une nouvelle eSIM passe lui aussi par l’opérateur, donc les mêmes protections restent nécessaires.
Un point supplémentaire : pour activer une eSIM, l’opérateur vous fournit généralement un QR code ou un code d’activation. Ce code vaut la carte SIM elle-même. Ne l’envoyez à personne et ne le publiez pas, même à quelqu’un qui se présente comme un « technicien » prêt à vous aider. Celui qui vous demande une photo de ce code veut très probablement transférer votre numéro sur son téléphone.
Que faire si vous pensez que votre numéro a été volé ?
La rapidité est décisive :
- Appelez immédiatement votre opérateur depuis un autre téléphone, ou rendez-vous dans l’agence la plus proche avec votre CIN, pour récupérer votre numéro et bloquer la fausse SIM.
- Contactez votre banque et vos applications de paiement pour geler les opérations et surveiller vos comptes.
- Une fois votre numéro récupéré, changez vos mots de passe, en commençant par votre e-mail, puis la banque, puis WhatsApp et les réseaux sociaux.
- Vérifiez les appareils connectés à chaque compte, déconnectez ceux que vous ne reconnaissez pas, et contrôlez les options de récupération (téléphone et e-mail de secours).
- Épluchez vos relevés à la recherche d’opérations inconnues, et signalez-les.
- Portez plainte auprès de la police ou via la plateforme « E-Blagh » (dgsn.gov.ma). Le FBI souligne qu’un signalement rapide aide l’enquête, surtout avec les cryptomonnaies, très difficiles à récupérer une fois transférées.
Attention
Si tout revient à la normale une heure plus tard, ne concluez pas trop vite à une simple panne. Appelez votre opérateur et demandez : un remplacement de ma SIM a-t-il été demandé ? Puis vérifiez vos comptes importants.
L’essentiel à retenir
- Perte soudaine et inexpliquée du réseau = appelez votre opérateur tout de suite, depuis un autre téléphone.
- Mettez un code secret sur votre compte client si votre opérateur le propose.
- Ne donnez aucun code à quelqu’un qui appelle au nom de l’opérateur.
- Préférez une application d’authentification ou les clés d’accès aux codes SMS.
- Activez la vérification en deux étapes sur WhatsApp.