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Deepfakes et sextorsion : réagir calmement, garder les preuves, signaler et faire retirer les images

Quelqu’un menace de diffuser des images intimes de vous, vraies ou fabriquées par IA ? Ce n’est pas votre faute. Les étapes pour vous protéger, obtenir de l’aide et faire retirer les images.

Publié le 8 min de lecture

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Si vous vivez cette situation en ce moment : respirez. Ce qui vous arrive est un crime commis par quelqu’un d’autre, ce n’est pas votre faute. Il existe des solutions, et des personnes peuvent vous aider. Si vous êtes en danger ou si vous pensez à vous faire du mal, appelez immédiatement la police, une personne de confiance ou un médecin.

Un message arrive d’un compte inconnu sur Instagram : une image qui semble vous montrer dans une situation intime, avec une menace : « Si tu n’envoies pas l’argent avant ce soir, je l’envoie à ta famille et à tes amis. » Vous savez que cette photo n’a jamais été prise. Votre visage y est bien, tiré de vos photos publiées, mais le reste est fabriqué.

Ou bien vous avez rencontré en ligne une personne charmante, vous avez échangé des photos ou fait un appel vidéo, puis tout a basculé et le chantage a commencé.

Dans les deux cas, c’est de la sextorsion (chantage sexuel), et c’est fréquent : durant les trois premiers mois de la plateforme « E-Blagh » de la DGSN, en 2024, 20 % des signalements traités concernaient le chantage sexuel, selon Hespress. Vous n’êtes pas seul.

Comment fonctionne ce chantage ?

Selon une alerte du FBI, des criminels utilisent des outils d’intelligence artificielle pour fabriquer des images ou vidéos sexuelles truquées et réalistes à partir de photos et vidéos ordinaires des victimes, souvent récupérées sur les réseaux sociaux ou lors d’appels vidéo. Ils s’en servent ensuite pour harceler ou faire chanter : « Paie, ou envoie-en d’autres, sinon on publie. »

Il existe donc deux cas :

  • Des images entièrement fausses : fabriquées à partir de vos photos ordinaires. Vous n’avez rien fait de « mal ».
  • Des images réelles : envoyées à une personne en qui vous aviez confiance, ou prises à votre insu. Et même dans ce cas, c’est le criminel qui fait chanter, pas vous.

Les signes d’une tentative de chantage

  • Une nouvelle personne qui se rapproche très vite, multiplie les compliments et pousse rapidement la conversation vers des photos ou un appel vidéo privé.
  • La demande de passer rapidement sur une autre application ou en appel vidéo.
  • Un compte récent, avec peu de photos, ou des photos qui semblent appartenir à quelqu’un d’autre.
  • Un changement de ton brutal : de la gentillesse aux menaces.
  • La menace d’envoyer les images à votre famille, vos amis ou vos collègues, avec un délai très court pour payer.
  • Une liste de vos proches, tirée de votre compte, pour montrer que la menace est sérieuse.

Que faire maintenant ? Les étapes, dans l’ordre

1. Ne payez pas, et n’envoyez rien d’autre

C’est le point le plus important. Le FBI le souligne : payer ou céder aux menaces ne garantit pas que le contenu ne sera pas diffusé. Le plus souvent, celui qui paie une fois se voit réclamer de l’argent une deuxième puis une troisième fois.

2. Coupez le contact, mais ne supprimez rien

Ne discutez pas, ne suppliez pas. Arrêtez de répondre. Mais ne supprimez ni la conversation ni le compte avant d’avoir sauvegardé les preuves.

3. Gardez les preuves

Le FBI recommande de tout conserver :

  • Des captures d’écran de toute la conversation, avec la date et l’heure visibles.
  • Le nom d’utilisateur et le lien du compte du maître chanteur, pas seulement le nom affiché.
  • Tout numéro de téléphone, e-mail ou numéro de compte vers lequel on vous demande de payer.
  • Le nom de la plateforme utilisée.

Rangez ces preuves en lieu sûr. Inutile de garder les images intimes elles-mêmes ou de les envoyer comme preuve.

4. Sécurisez vos comptes

Changez vos mots de passe, activez la double authentification, et passez temporairement vos comptes et votre liste d’amis en privé, pour que le maître chanteur atteigne moins facilement vos proches. Vérifiez aussi les appareils connectés à vos comptes, surtout si les images ont pu être volées depuis un compte piraté.

5. Signalez à la plateforme

Signalez le compte et le contenu sur Instagram, Facebook, TikTok ou Snapchat (motif : images intimes non consenties ou chantage), puis bloquez le compte, après avoir sauvegardé les preuves.

6. Signalez aux autorités

Au Maroc, vous pouvez signaler les faits via la plateforme « E-Blagh » de la Direction générale de la sûreté nationale, depuis son site officiel (dgsn.gov.ma). Selon la DGSN, le signalement est possible depuis le Maroc et depuis l’étranger, et les dossiers sont étudiés techniquement avant d’être transmis à la police judiciaire compétente. Vous pouvez aussi porter plainte directement au commissariat, à la brigade de gendarmerie ou auprès du parquet.

7. Demandez le retrait des images ou empêchez leur diffusion

Deux outils gratuits et reconnus fonctionnent en protégeant votre vie privée : ils créent une « empreinte numérique » de l’image sur votre appareil, sans envoyer l’image elle-même à qui que ce soit, puis ne partagent que cette empreinte avec les plateformes participantes, qui peuvent ainsi détecter et bloquer l’image :

  • StopNCII.org : si vous êtes majeur (18 ans ou plus) sur l’image. Selon le site, il ne fonctionne qu’avec des plateformes partenaires ; celles-ci examinent le contenu correspondant et décident selon leurs règles, et l’empreinte peut ne pas reconnaître une image modifiée (recadrage, filtres).
  • Take It Down (takeitdown.ncmec.org) : si l’image a été prise avant vos 18 ans. Service gratuit du National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC) américain, utilisable de façon anonyme.

Attention

Méfiez-vous des « seconds escrocs » : des personnes ou des « sociétés » qui vous contactent en promettant de supprimer vos images d’Internet contre de l’argent, ou qui se font passer pour des organismes officiels. En juillet 2026, le FBI a alerté sur des escrocs qui usurpent l’identité d’organismes officiels pour viser d’anciennes victimes avec des promesses de « récupération » payante. Les outils fiables ci-dessus sont gratuits, et les autorités ne vous demandent rien en échange.

8. Parlez-en à une personne de confiance

La honte est l’arme du maître chanteur. Parlez-en à un proche, un enseignant ou un médecin ; le FBI recommande de consulter un professionnel de santé mentale si c’est trop lourd. Vous n’avez pas à porter cela seul.

Si la victime est mineure

  • L’enfant ou l’adolescent est une victime : ne le blâmez pas. La première réaction des parents devrait être : « Tu as bien fait de m’en parler, on va régler ça ensemble. » Les reproches le pousseront à cacher les choses la prochaine fois.
  • Ne payez pas, gardez les preuves, et signalez immédiatement les faits à la police.
  • Utilisez Take It Down pour demander le blocage des images.
  • Prévention : le FBI conseille aux parents de parler avec leurs enfants des risques liés au partage de contenus personnels, d’être prudents avant de publier leurs photos et informations, de passer leurs comptes en privé, et de se méfier de tout inconnu qui demande des photos ou des appels vidéo.

Que dit la loi marocaine ?

La loi 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes a ajouté au Code pénal plusieurs articles, dont l’article 447-1, qui punit le fait d’enregistrer, diffuser ou distribuer l’image d’une personne sans son consentement lorsqu’elle se trouve dans un lieu privé, et l’article 447-2, qui punit le montage ou la manipulation de l’image d’une personne dans le but de porter atteinte à sa réputation et à sa dignité. Ces textes s’appliquent à tous, hommes et femmes. Pour un avis juridique précis sur votre situation, adressez-vous à un avocat ou au parquet.

Alerte arnaque

Si vous recevez un e-mail affirmant « Nous avons piraté votre webcam et nous avons une vidéo de vous » et réclamant des cryptomonnaies, sans aucune vraie image, il s’agit le plus souvent d’un message envoyé en masse, avec le même texte, à des milliers de personnes. Ne payez pas. Changez votre mot de passe s’il est mentionné, et supprimez le message.

Comment réduire le risque à l’avenir

  • Passez vos comptes en privé et vérifiez qui vous suit.
  • Limitez vos photos publiques où le visage est bien visible : selon le FBI, des photos ordinaires peuvent servir à fabriquer de fausses images.
  • Méfiez-vous des inconnus pressés d’obtenir des photos ou un appel vidéo.
  • Sécurisez vos comptes pour qu’on ne puisse pas y voler vos photos privées : lisez votre e-mail est la clé maîtresse et les clés d’accès expliquées.

L’essentiel à retenir

  • Ce n’est pas votre faute, et vous n’êtes pas seul.
  • Ne payez pas, n’envoyez rien d’autre, et cessez de répondre.
  • Gardez les preuves avant de bloquer ou de supprimer.
  • Signalez à la plateforme, puis à E-Blagh ou à la police.
  • Pour le retrait des images : StopNCII (adultes) ou Take It Down (images d’avant 18 ans), gratuitement.
  • Parlez-en à une personne de confiance.

Sources